13 août, 2015

Douce Alcoolémie 3/3


Un mois a du s'écouler avant que je finisse d'écrire cette nouvelle déguisée en polard. Je vous poste ce soir la toute dernière partie, le grand final.
Mon imagination m'a mené autre part que l'itinéraire choisit au départ (épisode prédédent)


Je me réveille encore une fois en espérant que ce ne soit pas la dernière. Je suis dans un lit peu confortable, de bas de gamme à vraie dire. Distinguant avec peine le décor de la pièce je vois que la silhouette de ma mère se dessine dans un coin. Madame cette idiote mariée à un ivrogne est sagement assise sur une chaise à guetter le retour à la vie de son fils.A cinq ans, un petit garçon se serait écrié « Maman ! » les larmes aux yeux, tandis qu'un jeune homme de dix-neuf ans reste silencieux.

Mes yeux sont légèrement ouverts cependant mon dos ne répond pas ; impossible de m'asseoir sur le lit pour contempler ma mère qui est la dernière personne entièrement vivante dans cette famille. D'une voix mélodieuse elle me demande de me recoucher « Les médecins ne vont pas tarder pour faire le portrait de tes blessures et le bilan de ton état. Je te demande de fermer les yeux, mon fils, et de te détendre, il ne peut plus rien t'arriver, je te protégerais. Là où tu vas aller le monde sera différent.» Ce doit être une blague.
J'esquisse un sourire. Elle ne comprend pas. Sans doute pense-t-elle qu'elle a réussi à me rassurer alors que ma bouche se tord de douleur. Tout ceci est incompréhensible. Il n'y a aucune possibilité d'établir des liens entre ce que je fais ici, ma blessure, les ravisseurs, mon père, mes peurs et son délire. Pour comprendre dois-je faire confiance à quelqu'un, parler à un psychologue, aller me confesser à l'église ou partir loin d'ici ?



La dernière proposition est attirante: m'en aller loin pour tout et rien. Si je sais ou si j'ignore il n'y aura aucune différence dans mon futur ; la blessure aurait été faite, mon père serait tombé dans une bouteille et ma mère dormirait seule dans une immense demeure. On a sans doute volé notre service en argenterie, les bijoux, les objets précieux et quelques unes des collections que nous avions, comme les albums photos ou mes trophées de pêche, nos souvenirs.
L'histoire oubliée n'aura donc plus aucune valeur. A même pas encore vingt ans, à même pas encore un quart de vie, je suis lassé de mystères et de cachotteries. Je suis résolu à savoir ce qui m'arrive et ce qui va m'arriver. Le problème est que je suis, pour le moment, trop affaibli pour articuler ne serait-ce qu'une syllabe. J'attendrais l'accalmie dans les bras de ma mère une fois cette tempête de soins passée. 
Petit on me disait que j'étais capricieux à toujours tout vouloir savoir, et qu'il fallait toujours tout m'expliquer car je ne veux pas ouvrir les yeux pour comprendre par moi-même ce que je vis au quotidien. Je suis désolé mais c'est tellement plus simple d'être assisté que de chercher seul.



Ma mère s’assoit au bord du lit et me caresse le visage avec la tranche de sa main douce. Les gestes de ma mère se veulent rassurants et protecteurs pourtant mon estomac se noue et les questions que j'ai à lui poser ne seront pas exprimées. Elle a l'air sotte et moi je suis dérangé. Les médecins qui passent dans le couloir se font muets et discrets comme des souris pour ne pas perturber cet instant incompréhensible. Il l'est autant pour eux que pour nous, ou pour moi. Ma mère reste muette, encore et encore. Ainsi le temps passe et elle me fait perdre ces minutes qui deviendront des heures. Les heures passées dans un hôpital à attendre est aussi un moyen de gaspillage, surtout quand il y a un compte à rebours.
Elle veut plonger en moi avec son regard perçant et j'ai subitement peur. Mes yeux se dérobent, allant chercher de la compagnie sur le bout du drap suspendu au-dessus du sol. Je pense que c'est la première fois que ma mère gagne à un duel de regard et que c'est aussi la première fois où je perds, j'espère au moins qu'elle en est fière. Je ne la laisserais plus gagner, j'en ai tellement honte que je me transforme en un phare pourpre : appelez-moi « l'homme-tomate » le sous-héro qui n'ose rien devant sa mère idiote en raison d'un handicape soudain.


Il faut se ressaisir, relever la tête et s'armer comme un soldat pour évanouir tout ce cauchemar. Mais l'adversaire est plus rapide. Plus un œil n'est posé sur moi. Même sa main quitte la mienne dans un clair rayon de soleil filtré par le rideau de la chambre. Dois-je prendre ceci comme un acte de victoire ou de défaite pour ma part ? Un mot n'est pas trop cher lui demander. Son corps menu s'éloigne de mon lit, ses boucles s'agitent ainsi sa chevelure tient une place importante dans sa gestuelle et sa démarche. J'avoue que c'est la première fois que je réalise à quel point ma mère est belle. Idiote c'est un fait, mais belle. La porte s'entre-ouvre et elle commence à passer de l'autre côté.

Je veux la retenir, crier « non maman ne me laisse pas seul » mais c'est trop tard. J'entends le médecin lui dire qu'il est tard pour les visites et que je ne m'en sortirais pas. Une larme coule sur sa joue, et ma mère me dit tout bas, de loin « Mon fils je t'aime malgré qui tu es mais excuse-moi de ne pas avoir été un bonne mère ni une bonne épouse pour ton père.» Je n'arrive pas à répondre, elle part dans l'ombre avec les regrets d'une vie et les secrets de cette nuit. Tout est fini. On ne peut changer les lignes de nos existences si elles ont été prédéfinit.



Aujourd'hui nous sommes éloignés. Je la vois de la-haut et je me dis qu'elle est heureuse cette idiote avec son ivrogne,en ils rient toutes les nuits. Heureusement il a guéri depuis. Quant à moi j'ai arrêté de vouloir chercher des réponses aux questions. Maintenant cela n'a plus aucune importance là où j'habite.

FIN

Julie FEGER FISCHER

C'est une histoire qui ne finit pas comme elle avait commencé. Notre jeune adulte, assez difficile il faut l'avouer, perd la vie suite à cette nuit étrange.  Le message principal que je veux faire passer ici est qu'il ne sert à rien d'être froid envers ceux qu'on aime, tôt ou tard ils nous diront "je t'aime" et nous ne saurons pas quoi répondre tellement nous avions été habitué à être radical.

J'espère que ça vous a plus, j'attends vos réactions dans les commentaires. Merci beaucoup et bonne nuit. Si vous avez encore envie de lire rendez-vous dans la catégorie ARTISTE ou souscrivez pour mon premier roman.
✍ Ju ♔

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