06 février, 2015

Fausse Romance

Ce titre ne veut rien dire mais quand même, je le trouve bien!

Alors voilà, j'ai écrit une autre nouvelle, comme l'Illusion dont j'avais posté un extrait en janvier, toujours dans le thème de la rêverie. Je n'en dirais pas plus à vous de lire. Elle est écrite sur le thème du prix Jean Engen, concours auquel je voulais participer mais je préfère utiliser ma création autrement; la partager.




Sous les tilleuls de Lautenbach, à l'ombre du soleil du mois de mai, je me repose paisiblement, au bord de cette charmante forêt que j'ai longuement explorée. Dans ses tilleuls chantent des oiseaux multiples, un chant dont je connais la mélodie par cœur depuis des années, raisonnant et s'amplifiant parmi les milliers de feuilles composant la chevelure de mes grands amis. Je ne suis qu'une jeune fille qui rêve de romance sous le « claire de lune », qui rêve de trouver l'amour un jour, qui rêve de continuer à grandir comme les tilleuls, ses grands amis. Je me repose sereinement, bercée par la douceur du printemps, qui de son vent, offre une brise justement parfumée par le bois et les fleurs de la montagne, aux habitants de Lautenbach. Je ferme les yeux pour pouvoir m'imaginer grimper aux sommets des tilleuls, et suivre le chant des oiseaux. Je sais que ma vie est auprès de ses arbres qu'aucun mal ne peut atteindre, ils me sont fidèles, ils savent tout de moi tant je leur raconte ma vie sans attendre de critique. Ils ont ressenti tellement de choses durant leur existence, ils ont du vivre tant de moments enrichissants ; c'est ce qui m'inspire à faire de même : observer, sentir et ressentir la vie, trouver l'amour d'un jour qui repartira une fois la nuit arrivée, comme les feuilles des arbres naissantes aux printemps puis mourantes en automne. Comme un oiseau, j'habiterais ces tilleuls, je partirais en hiver puis reviendrais à l'éclosion des premiers bourgeons. Je vivrais au rythme des saisons, aux pieds des Vosges. Cependant je suis toujours assise, adossée contre le tronc du tilleul trônant sur l'herbe verte de fin d'après-midi, moi, Aubépine, j'espère que ma rêverie prenne vie.
Je songe, les yeux fermés, à me lever pour rentrer chez moi, quand soudain ; en ouvrant les yeux je vois une balle de football se rapprocher de mon visage, je n'ai même pas le temps de bouger, ni même le temps de crier mon désespoir que cette balle se retrouve dans mon nez. Sur le coup je n'ai pas mal et je vois des tas de petites étoiles autour de moi, je sens un liquide chaud glisser sur ma bouche ; je saigne et je suis totalement déboussolée. Tout va très vite, j'ignore combien de temps s'est écoulé depuis le moment où cette balle m'a touchée et maintenant.
Un jeune homme, qui doit être légèrement plus âgé que moi se tient à genoux devant moi, élégamment habillé, il m'essuie mon visage ensanglanté avec un mouchoir blanc. Nous ne disons mots durant cette opération. Quand finalement ce jeune homme retrouve sa langue : « Te voilà bien amochée, je vais te raccompagner chez toi. Tu es d'accord ? », un hochement de tête est mon unique réponse, je suis encore dans un monde de flou total, dans une spirale de vide infinie. Me voilà assisté par un homme qui vient de me secourir, je trouve cette situation tellement clichée que j'en oublie de prendre mon recueil de poésie qui reste au pied de mon lit de bois.
Après cent mètres et milles battements de cils je retrouve mes esprits : « Dis-moi, que s'est-il passé ?
-Je suis désolés pour ce qui t'es arrivé, s'empresse-t-il de répondre, mais je dois garder mes petits cousins et ils jouaient au football près de toi, et t'ont accidentellement envoyée leur balle en plein visage. A leurs bas âges on ne fait pas attention aux arbres et à ce qui y dort en dessous.
-Ils devront faire plus attention à l'avenir, dis-je sur le ton de la colère. ». Au son de mes mots se mêlent son rire, que j'apprécie, mais est-il entrain de se moquer de moi? Blessée par ça réaction j'accélère le pas et lui tourne le dos ; son rire s'arrête pour laisser place à ses mots : « Attends-moi ! ». Inconsciemment je m'arrête pour l'attendre et me retourne afin de la regarder droit dans les yeux, mais au lieu de lui lancer un regard noir, je m’adoucis à la vue de son visage aussi doux que celui d'un enfant et n'a pour seul mot : « Comment t’appelles-tu ?
-Olivier et toi ? Me dit-il avec un sourire timide.
-Aubépine.
-Comme la fleure ? Ton nom peut avoir tellement de signification...
-Oui comme la fleure, dis-je en passant la main dans mes longs cheveux roux pour les attacher en queue de cheval, que vois-tu comme signification ?
-Je vois que tu es une fille avec un nom de fleure qui aime dormir aux creux des tilleuls voilà tout, et puis ton nom signifie aussi l'espoir, tu dois croire en tes convictions et être une fille très intéressante.
-Ton nom aussi est rempli de sens, les oliviers sont des arbres, les tilleuls sont des arbres ; j'aime beaucoup les tilleuls et toi je commence à t'apprécier. ». Son visage rougit à mes mots. D'après ce que je vois lui aussi doit m'apprécier.
Le soleil commence à se coucher en cette merveilleuse fin d'après midi, et je ne suis toujours pas rentrée, je me sens bien aux cotés d'Olivier, comme au creux de mon beau tilleul. Nous marchons sur le sentier qui borde la forêt, tout est tellement étrange au moment où il me prend la main, j'ai l'impression que nous ne formons qu'un. Que sa main est douce, elle diffuse une chaleur qui se veut rassurante et parcourt tout mon corps pas à pas. J'ai l'impression que ma romance tant désirée prend vie, oui ; elle a trouvée la vie sous les tilleuls de Lautenbach, mes arbres au rôle parental. J'ai trouvé le garçon idéal, je le veux à jamais avec moi.
« Asseyons-nous sur ce banc », me dit-il. J'ignorais l'existence de ce banc, moi, Aubépine qui connaît la forêt comme ma poche, et j'ignorais que ce sentier était aussi long. Ce coin de la forêt à du m’échapper, je ne me suis peut être jamais aventurée aussi loin. Nous prenons place sur ce banc qui offre une vue splendide sur Lautenbach. Je ne comprends pas comment nous avons fait pour arriver aussi haut, le chemin était pourtant tout le temps plat. Mais la vue splendide qui s'offre à moi, chasse toutes mes questions. Le village tout entier est baigné dans la lumière du soleil couchant, le clocher de l'église que son ombre fait paraître plus grand est le point centrale de notre vue, on entend et voit jouer les enfants du village, les bruits des voitures ont la même mélodie que le bruit du vent. Tout est si intense, si réel que cela paraît sortie d'une folle rêverie. « Je savais que cette vue allait te plaire.
- C'est magnifique ! Vois tout ce qui s'offre à nous. La nature a tout bien fait. ». Et c'est durant ces secondes aussi peu soit elles qu'Olivier orienta mon visage vers le sien, en glissant sa main dans ma nuque il nous rapproche un peu plus.
Je me sens prête, je souhaite l'embrasser mais je suis envahie par un froid glacial, un froid qui parcourt tout mon corps, secouant mes cheveux. Olivier reste figé telle une statue de sel. Il ne bouge plus, ne parle plus. Il attend. Il m'attend. Mais je suis immobile. Impossible de bouger ne serais-ce que mon pouce. Le froid se fait plus intense, une force invisible m'éloigne de lui mais je veux rester. Je veux rester ici avec lui. Je veux encore sentir la chaleur de ses mains, je veux encore admirer son sourire et contempler son visage témoignant de la douceur de ses paroles. Par malheur, ce froid s'intensifie, m'empêchant d'avantage de résister. Je lâche prise, la résistance se fait douloureuse et je m'épuise, je sais que si je ne pars pas ce froid à la capacité de me détruire. Alors je m'abandonne dans un trou sans fond, attendant la chute. Le village doré se transforme, les maisons perdent leurs formes et leurs couleurs, les ombres se font plus sombres. Lautenbach cède sa place à un milieu noir et froid. J'ai peur, suis-je morte ? Où est mon corps ? Où suis-je ? Aux questions que je me pose se superpose l'image de mes tilleuls, que je visualise encore plus intensément, jusqu'à sentir leurs odeurs, sentir s'agiter aux bouts de mes doigts ; l'herbe ébouriffée, sentir dans mon dos, les plis de l'écorce d'un tronc âgé. Cependant je réalise que je suis réellement adossée à mon bel arbre.
Je suis sortie de ce cauchemar, je suis tellement soulagée que des larmes me montent aux yeux et que j'en embrasse les racines de mon sauveur, qui a su garder les pieds sur Terre lorsque moi je délirais intérieurement sur un garçon que j'ai moi même créé, ce garçon que j'ai moi même anéantie.
Maintenant je ne rêve plus de romance, juste de courage pour affronter la vie tel qu'elle est, je me sens en sécurité sous les tilleuls de Lautenbach, mais comme les oiseaux ; il faut quitter son nid pour découvrir le monde afin de grandir. C'est pourquoi je me suis levée et j'ai marché, sans m'arrêter, sans but. Je veux voir la vie de mes propres yeux, et non pas dans un rêve d'idéalisme impossible, comme les racines des arbres, mes pieds son désormais bien encrés dans le sol.





N'oubliez pas de commenter ! 
Ju'la Fille

PS: J'ai mis en ligne la version entière de "L'Illusion", cliquez ici.

4 commentaires:

  1. Bravo ma Julie ! Tu as du talent continue ainsi ❤️❤️

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  2. Ne t'arrête pas Julie super. J'attend la suite d'Illusion
    Bisous Papy

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    Réponses
    1. La nouvelle "l'Illusion" est finie depuis longtemps, la suite sera peut être posté prochainement :)

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